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S’installer au Ceará…

Vous avez découvert le Ceará, son climat et ses plages pendant vos dernières vacances et vous n’avez plus qu’une envie : aller vivre là-bas.

Bien. Le site Aquiceará est en ligne depuis 2001. Il m’a valu de recevoir de nombreuses demandes de renseignements de la part de gens qui envisageaient de s’installer au Brésil.

Commençons par les formalités. La page Liens du site donne accès au site gouvernemental avec la loi régissant le statut des étrangers. Bien entendu, elle est en portugais, mais je suppose que si vous avez décidé de vous installer là-bas, vous maîtrisez la langue…

Pour faire court, plusieurs cas de figure :

1) Vous êtes retraité et vous percevez $ 2000 (US)/mois, soit environ € 1500/mois à la date où nous écrivons ces lignes (avril 2007). Dans ce cas, vous pouvez obtenir le permis de résidence permanente.

2) Vous avez un enfant qui naît au Brésil. Si vous êtes le compagnon de la maman et que vous reconnaissez l’enfant, vous pouvez obtenir le permis de résidence permanente.

3) Vous investissez $ 50 000 (± € 37 000) en créant une entreprise. Là encore, vous pouvez obtenir la résidence permanente.
C’est tout.

Ça, c’est la théorie. Dans la pratique, c’est loin d’être aussi facile. Laissons de côté les deux premiers cas de figure, qui sont les moins problématiques.

La possibilité n°3 semble alléchante. Après tout, € 37 000, c’est une somme qui n’a rien d’exceptionnel pour beaucoup de gens.
Mais commençons par le commencement : la motivation. Parmi les nombreux courriels reçus de postulants à l’installation au Ceará ou au Brésil en général, j’ai relevé quelques constantes :

  • J’en ai marre de l’Europe, de son climat, envie de soleil.
  • J’en ai marre de l’Europe, de sa fiscalité écrasante.
  • J’en ai marre de l’Europe, c’est un pays de vieux.
  • J’en ai marre de la routine, j’ai envie de changer de vie.
  • Pour le prix d’un petit appart’ ici, là-bas je peux avoir ma maison les pieds dans l’eau.
  • J’ai rencontré une fille/un garçon. Nous nous aimons. Je veux aller vivre là-bas.

Parmi ces motivations, il n’y a que la dernière qui soit, disons, positive. Le ras-le-bol exprimé par les autres énoncés peut se comprendre dans certains cas, mais comme chacun le sait, il ne représente pas une base saine pour prendre un nouveau départ.

  • Marre de l’Europe et de son climat : moi aussi j’ai parfois le blues, surtout en milieu d’hiver quand le ciel reste plombé pendant des jours et des jours. Si ça me pèse trop, je prends un billet d’avion pour le Ceará ou ailleurs. Sur place, je profite pleinement du climat, du dépaysement, et au retour, je ne suis pas mécontent de retrouver mes pénates et ma culture.
  • Marre de l’Europe et de sa fiscalité : ah ! la fiscalité européenne ! Exerçant une profession libérale, je serais bien placé pour me plaindre. Pourtant ce n’est pas le cas. Je suis très content de payer des impôts et des charges. Ayant connu la pauvreté (entre autres, au Brésil, sans parler du chômage et du RMI en France), je me suis toujours félicité de devoir payer des impôts. Au moins, nous avons un système de santé, scolaire, des routes, etc. globalement performants. La fiscalité brésilienne est plus lourde que la nôtre et on n’a quasiment rien en contrepartie. Beaucoup d’Européens s’imaginent que le Brésil est un pays où on peut facilement ne pas payer d’impôts ou de charges. Qu’ils se détrompent. D’autant plus que le gouvernement a récemment commencé à resserrer les boulons dans ce domaine. Et puis, il n’y a pas que la fiscalité. Il y a les rouages dans lesquels il faut mettre de l’huile, et ça, ça peut revenir très, très cher. Sans parler des taux d’intérêt des banques. À tout prendre, je préfère notre fiscalité.
  • Marre de l’Europe, c’est un pays de vieux : certes, la population européenne est dans une mauvaise passe sur ce plan si elle continue à se fermer à l’immigration. Cependant, la population brésilienne vieillit aussi. La moyenne d’âge a considérablement augmenté depuis une vingtaine d’années, ce qui a d’ailleurs été largement bénéfique pour le pays en le rendant plus stable. En même temps, le pays est jeune (c’est l’Amérique) et sa population, globalement plus jeune que la nôtre. Elle est plus optimiste et entreprenante, et ça peut être motivant. Pour ma part, à chaque fois que je reviens de là-bas, je suis regonflé à bloc, j’ai envie de faire plein de trucs… mais surtout pas là-bas.
  • Marre de la routine, envie de changer de vie : est-ce une raison suffisante pour tout planter au risque de vous planter ?
  • Immobilier : les prix de l’immobilier semblent alléchants. L’ennui est que la spéculation est telle que le bien que vous achetez aujourd’hui aura perdu au moins les deux tiers de sa valeur d’ici cinq ans. Il vaut mieux louer. L’offre est pléthorique, et si on ne se plaît pas quelque part, on peut toujours déménager. Et puis… c’est déjà bien difficile de trouver un plombier ou un électricien en Europe, alors au Ceará…
  • J’ai rencontré une fille/un garçon et nous voulons faire notre vie ensemble là-bas : le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point...

Bien, au temps pour les motivations. Maintenant, quel est votre projet ?

Parmi les courriels reçus et les messages lus un peu partout dans les forums de voyages, force est de constater que l’originalité n’est guère de mise :

« Je voudrais ouvrir une pousada/un restaurant » arrive largement en tête chez ceux qui ont quelques sous.

« Je voudrais ouvrir un cybercafé » semble plus tendance chez les moins de trente ans. Question de moyens et de génération, sans doute.

À vrai dire, je n’ai pas le souvenir d’autres projets. Ceux qui ont une meilleure idée se la gardent, je suppose.
Bien, bien, bien… Pousada, restaurant ou cybercafé, quelle expérience avez-vous de ces activités ? Avez-vous déjà travaillé dans le tourisme ? Tenu un restaurant ? Un cybercafé ?

Parlez-vous portugais ? Bien ? Êtes-vous capable de lire la loi sur les étrangers dont j’ai parlé plus haut ? C’est un bon début.
Quelle expérience avez-vous du Brésil ? Avez-vous déjà essayé d’y gagner votre vie ? Avez-vous fait une étude de marché pour votre projet ?

Si vous remplissez tous ces critères, peut-être avez-vous vos chances.

Il faut se rendre compte que certaines choses ne fonctionnent pas comme en Europe. Même si la langue est facile, les mots n’ont pas le même sens des deux côtés de l’Atlantique. En Europe, si quelqu’un vous dit qu’il passe le lendemain à 15 heures, vous l’attendez à 15 heures. À 15 h 15, vous vous impatientez ou alors la personne téléphone pour dire qu’elle sera en retard. Au Ceará… vous pouvez l’attendre aussi ! Longtemps.

Aujourd’hui, j’attends encore un tas de gens qui m’ont dit en 1985 qu’ils passeraient « demain ».

Implantation de votre projet

Cela regroupe à la fois le volet immobilier et l’activité proprement dite.

L’achat d’un bien immobilier est avantageux sur le papier, mais il y a quelques éléments à prendre en considération, à commencer par la sécurité. Pour ne pas risquer les braquages, il n’y a pas photo : c’est l’appartement dans une tour-forteresse (murs de quatre mètres de haut avec tessons de bouteille, vidéosurveillance et vigiles) de Meireles ou Aldeota. La maison les pieds dans l’eau ou quelque part dans un quartier, c’est déjà plus risqué, quand ce n’est pas de l’inconscience pure et simple. On peut, bien sûr, graisser la patte au vigile de la rue ou en embaucher un pour être plus tranquille…

Hors de Fortaleza, il y a une multitude de charmants villages de pêcheurs tout le long de la côte. Là encore, on trouve des maisons à des prix évidemment sans rapport avec les prix européens. Une insécurité sans rapport avec l’Europe non plus. Bon, si vous avez juste un hamac (pas trop neuf) ou deux, ça devrait aller. Par contre, l’ordinateur portable et l’appareil photo numérique…

Évidemment, dans de tels endroits, sortir le soir est à éviter. Il est préférable que la maison soit surveillée et qu’il n’y ait rien de valeur. Ensuite, pour aller où ? Au restau ? Dans un village de pêcheurs ? Donc, direction Fortaleza. Seulement, si vous habitez quelque part le long de la côte, il faut faire la route de nuit. Avec les vélos sans éclairage, les types imbibés de cachaça qui zigzaguent dans le noir, les ânes qui traversent sans prévenir, les nids de poule, etc., c’est un peu l’expédition. En ville, passé une certaine heure et dans la plupart des quartiers, on ne s’arrête plus au feu rouge. Pas pour le plaisir de le griller, mais pour éviter de se faire braquer.

Bon, tout ça, c’est si vous arrivez à vivre de votre activité. Hélas, il faut bien admettre qu’au Brésil, il y a beaucoup d'appelés et peu d'élus. Évidemment, personne ne l’admet, mais on passe son temps à ramer. Et quand je dis ramer, c’est vraiment ramer.
Le projet d’ouvrir une pousada, c’est bien, mais pour accueillir qui ? Des pousadas, il n’y a que ça, sans parler des hôtels de toutes catégories. Les touristes ? Faites un aller et retour sur Beira Mar en haute saison et comptez les touristes étrangers (les seuls qui ont les moyens de dépenser) que vous croisez. Je dis bien en haute saison. Maintenant, comparez au nombre de touristes étrangers que vous croiseriez sur une plage de Bretagne en juin ou en septembre. Pour ma part, je choisirais plutôt la Bretagne pour l’ouvrir, ma pousada

Un cybercafé ? Il y a des gens qui en vivent ?

Tout le problème est bien là : le manque de clients. Fortaleza a beau avoir 2,5 millions d’habitants, il n’y a au mieux qu’un demi-million de gens qui peuvent consommer.

Ouvrir un restaurant ? À Fortaleza plus qu’ailleurs, tout est question de mode. La mauvaise idée, c’est d’ouvrir un restaurant français. Il sera à la mode un mois ou deux puis périclitera. Il vaut mieux ouvrir un petit restau sans prétention offrant des plats régionaux, c’est plus sûr. Et puis la restauration, c’est du travail. Le rêve tropical, vous allez en profiter quand ?
Pour ouvrir une pousada, Fortaleza n’est pas un mauvais choix (après, il faut bien choisir l’implantation, évidemment) puisque tout le monde y passe tôt ou tard. L’ennui, c’est que la concurrence est considérable et qu’on n’est pas sûr d’en vivre. Il faut impérativement être sur le pont en permanence, aller chercher les clients à l’aéroport, communiquer sur Internet, etc. Le rêve tropical, vous allez en profiter quand ?

Quant au reste du Ceará, ouvrir une pousada dans un village de pêcheurs où on peut pratiquer le windsurfing est un choix plus judicieux, mais le succès n’est pas garanti non plus. On se heurte alors au problème de l'éloignement. Les Européens ne se rendent que rarement compte du problème des distances. Qui viendra faire du surf dans votre charmante petite auberge les pieds dans l’eau à 150 km de Fortaleza ?

En fait, si on veut vivre au Ceará, il faut se préparer à être pauvre. Parmi ceux qui m’ont écrit, la plupart affirment ne pas chercher à s’enrichir, mais juste à vivre simplement. Ils veulent « juste » gagner de quoi vivre sur place et revenir en Europe une fois par an. L’ennui, c’est que ce « juste de quoi », c’est déjà un rêve de riche pour le Ceará. Si on n’a pas la chance de travailler comme expatrié, avec un salaire européen, on se prend vite à rêver d’engranger un SMIC par mois.

Et je ne parle pas de scolariser des enfants, de consulter un médecin ou de vous faire hospitaliser…

Donc, si vous avez des économies et une bonne idée d’investissement, que vous avez fait une étude de marché et que vous n’avez pas peur de tra-vail-ler, que vous ne comptez sur personne, pourquoi pas ? Le Ceará est un endroit très agréable pour vivre et où il y a beaucoup plus à découvrir qu’il n’y paraît. Par contre, n’investissez surtout pas la totalité de votre capital. Placez-en la moitié en Europe, même si les taux d’intérêt et la fiscalité ne vous semblent pas avantageux. Vous pourrez au moins rentrer au bercail si nécessaire.

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